CORPS ET TECHNOLOGIE
CONFERENCE DU 7 MAI 2000
(MISE EN GARDE
)[ Un point sur lequel j’aimerais insister avant de commencer est le nombre de paradoxes devant lesquels se trouve, un conférencier abordant un sujet aussi paradoxal que "le Corps et la Technologie ", un sujet qui, à l’instar du terme " Modern Primitif " par exemple, contient déjà en germe dans son énoncé, le paradoxe qui l’habite.
Tout comme "Modern Primitif " fait appel au tribalisme, à l’animisme et aux modifications corporelles, parfois même à une certaine forme de chamanisme (" Techno chamanisme "), en même temps qu’au dernier cri high-tech, " Corps et Technologie " suppose d’étranges superpositions. Celles de quelque chose de profondément intime, organique, originel même, avec la mortelle froideur (et même " l’effroi mortel ") que peuvent parfois inspirer les technologies et l’idée de son accouplement avec notre corps. Premier paradoxe.
De plus, au fur et à mesure que je développais ma réflexion , j’ai pris conscience du gouffre qui sépare une partie des adeptes du corps " amplifié " et ceux des modifications corporelles, tant idéologiquement qu’économiquement.
Un gouffre qui s’explique d’abord par une différence d’objectif mais aussi dans une différence de la mise en place des moyens qui nous permettrons d’atteindre le but ultime : la mutation de l’espèce tant désirée.
Les adeptes des body-modifications sont en majorité tous à la reconquête de leur bien le plus précieux : leur intégrité physique et donc leur propre corps, mais aussi leur individualité, leur indépendance.
(Cela va bien plus loin bien sûr, mais je résume car tel n’est pas le but de la conférence d’aujourd’hui).
Et même si le but ultime de certains représentants du mouvement " body-mod ", comme Ann, Lucas Léo ou Mailli est l’évolution du genre humain, avec un jour, la fusion possible de l’homme et de la machine en une seule et unique entité, il n’empêche que pour la majorité des scientifiques et chercheurs, hormis quelques rares exceptions, cet objectif reste bien " métaphysique ", voir irréaliste, pour ne pas dire hors-sujet.
Car si les recherches effectuées à l’heure actuelle sur le corps humain, par les médecins, les pharmacologues, le corps scientifique en général, et les créatifs (parmi lesquels ont compte les artistes, les théoriciens et ceux qui pratiquent les modifications corporelles à un niveau poussé), en bref, tous ceux qui préparent ce que sera la condition humaine de demain, partagent le même but : l’extension de la vie humaine par tous les moyens, la première catégorie, elle, ne compte pas le faire avec n’importe quels moyens. Par moyens, j’entends les moyens financiers.
Comme le dit Bruce Sterling, le cyber théoricien américain : " la nature de notre société affecte fortement la nature de notre technologie ". Et la nature de cette société est fortement capitaliste. Une société capitaliste très avancée. Or, nous ne cultivons pas les technologies pour elles-mêmes. Nos technologies sont produites, en réalité, pour optimiser le retour sur investissements financiers. C’est là en particulier que réside la principale différence entre les tenants actuels des " body-mod " et les grands pontes de la recherche ainsi que leurs investisseurs.
On oublie en effet, bien souvent qu’il y a avant tout d’énormes enjeux économiques dans ces recherches et rares sont ceux comme " Mr Stelarc ", ici présent, ou encore l’équipe de Body Art, qui sont capables d’expérimenter par eux même certaines techniques d’évolution " post-humaines ". Second paradoxe.
Dernier point de cette " mise en garde " : l’application future de ces technologies. Plus simplement, " à qui et à quoi " serviront-elles ?
A moins d’un extraordinaire changement de mentalité, il ne faut pas se cacher les yeux derrière un optimisme béat et ne pas oublier non plus que le fruit de ces recherches risque fort d’être en majorité utilisé par et pour une élite sociale, politique, ou scientifique...]
Cette petite mise au point pour prévenir ceux qui voudraient débattre ensuite de certains exemples que j’évoquerai pendant la conférence...
INTRO
L’AN 2000, D’ACCORD, MAIS APRES ?
Le passage du troisième millénaire peut sembler bien décevant aux passionnés d’évolution que nous sommes. Où sont les changements promis ? Que nous propose t-on de nouveau ? Quand coloniserons nous d’autres planètes ? Qu’en est-il d’une possible évolution de l’humanité ? Une impression de stagnation se dégage du paysage socioculturel, politique, éthique et biologique actuel, en particulier en France, où les esprits sont retors à toute intrusion du progrès...
Pourtant, des questions récurrentes concernant les technologies, semblent hanter les médias, les milieux artistiques, mais aussi, du fait de l’introduction grandissante des technologies dans nos vies de tous les jours, les conversations quotidiennes. L’informatique , et en particulier Internet , bouleversent notre vision du monde, la présence envahissante des techno-sciences (génétique, aliments transgéniques...) inquiète nos contemporains. Parmi ces interrogations, une particulièrement brûlante , puisqu’elle nous touche dans ce que nous avons de plus intime : le devenir de notre corps.
Aujourd’hui c’est clair, notre corps occupe une place sans précédent dans notre quotidien et dans l’esprit de nos contemporains. C’est un sujet de réflexion " à la mode ", qui exprime souvent les sentiments ambivalents que nous éprouvons par rapport à nous même. Nous aimons ce que nous sommes, nous sommes attachés à notre aspect physique, à sa structure, même s’il nous arrive parfois de détester notre corps. Notre enveloppe charnelle nous semble parfois " une machine parfaite " et d’autres fois incroyablement fragile et maladive. Le corps occupe une place centrale dans une vie humaine. Tout notre rapport au monde découle du corps, interface première entre nous et notre environnement. Certains voudraient en changer, le transformer de multiples façons, d’autres l’abandonner, d’autres simplement mieux le connaître. Une chose est sûre (et c’est le but de cette conférence) : c’est que notre vision du corps a radicalement changé depuis la monté en puissance de la science et de la technologie dans notre environnement. Pourquoi ? Peut être parce que nous pressentons profondément au fond de nos consciences de post-baby-boomer nourris à la science-fiction, que nous venons de passer cette nouvelle étape temporelle, que notre évolution en temps qu’espèce doit inéluctablement passer aussi par le corps.
CORPS, TECHNOLOGIE ET MEDIAS
Cette vision généralisée de l’intrusion de la technologie dans nos vies est toutefois assez facilement explicable dans un pays où la machine, l’informatique et en règle général les techno-sciences , ont une place de plus en plus importante et font appel à énormément de références économiques : on a énormément licencié aux Etats-Unis et en Europe dans les années 70 pour installer des robots industriels dans les grandes chaînes de production. Cela semble donc être le reflet de la façon dont la société aborde le sujet (les films traitant du sujet par exemple, sont en majorité formatés par Hollywood et doivent répondre aux attentes du grand public : la vilaine machine
contre les bons êtres humains). Cela reste du domaine du grand spectacle, de l’ordre du film catastrophe exprimant la peur, l’inquiétude et la crainte d’un futur où la machine dépasse l’être humain en tous points.Paradoxalement, on remarque également une très grande différence entre la réalité, l’imaginaire collectif et la façon dont elle se reflète dans les médias traitant du sujet. Aux Etats-Unis , l’écart est encore plus important à cause des revendications du type " le Cyber-espace MAINTENANT " qui fleurissent dans la presse underground et parfois même dans les journaux grand public, et dont on ne sait pas vraiment si elle vient du cinéma, des films comme Matrix, ou des évolutions scientifiques dévoilées par les médias.
Même en France, pays traditionnellement réfractaire à toute technologie appliquée à la vie quotidienne, il n’est plus une semaine sans qu’un magazine " grand public " traite de notre corps, du tout ou en partie, de son fonctionnement, son évolution possible (du domaine de la santé, à celui de l’amélioration du design humain si je peux l’appeler ainsi).
Ils en donnent parfois une vision futuriste, ce fut le cas l’an dernier pour Ça m’intéresse, Science et Vie Junior, le Monde, Cyberzone ou Le Courrier International, dont c’est le fond de commerce de traiter de l’évolution des progrès scientifiques et de leurs répercussions sur notre société. Pourtant aujourd’hui Coda, Elegy (qui ont la gentillesse de parrainer l’événement) ou même les Inrockuptibles, consacrent de copieux dossiers au sujet.
Le plus flagrant est l’apparition et l’augmentation du tirage de magazines traitant de modifications corporelles soft et institutionnalisées : musculation, fitness et autres, comme Men Health, FHM, Kromosome (pour les hommes) et les classiques DS, Jalouse ou 20 Ans (pour la gente féminine). Dans ces magazines , il est de plus en plus question du corps mais aussi des technologies, puisqu’on y parle couramment " Implants " (mammaires), taille et fonction du pénis, maîtrise des muscles de son corps grâce à des machines, chirurgie plastique et chirurgie esthétique, proposant une vision " normalisée " des mutations, non seulement corporelles mais aussi psychologiques de notre société.
On peut aussi remarquer que dans ces magazines , la plupart des sujets sont traités sur un mode positif, participant d’une normalisation de certaines modifications, en particulier celles qui vont dans le sens des canons de beauté du moment. Le percing est de mieux en mieux toléré, mais uniquement à certains endroits (nez, arcade, nombril). Même chose pour le tatouage, qui n’est plus considéré comme une marque avilissante.
On remarque donc une évolution notable des mentalités dans nos sociétés. Mais d’un autre coté, les choses ne vont pas assez vite pour les autres. Du coup, comme le fait remarquer Gareth Brawnin dans Mondo 2000, le seul fait de mentionner "interface neurale" dans certains groupes de news sur Internet par exemple, déclenche immédiatement des commentaires enjoués du type : " Moi, je suis prêt à devenir cobaye pour n'importe quelle expérience cyber/ neuro /militaire, qui aurait lieu dans un vrai laboratoire ". Nouveaux membres, améliorations de l’ouïe, de la vue, bio - moniteurs, etc. Ou plus simplement pause d’implants technologiques sous la peau, tous ces projets déclenchent un enthousiasme sans précédent.
L’engouement et la curiosité liés à la notion d’interface neurale est principalement dû à l’imaginaire de la science-fiction, où les nouvelles technologies transforment les êtres en hybrides puissants de chair et d'acier. Notre mythologie contemporaine venant majoritairement de la SF, cela n’est pas sans provoquer une confusion entre imagination et réalité. La science-fiction nous a alimentés de tant d'images technologiques d’humains " augmentés " que le travail actuel lié aux prothèses neurales (les dispositifs qui complètent ou substituent la fonction neurologique) et les ordinateurs contrôlés par l’esprit humain semblent presque rétro par comparaison.
La littérature est pour une bonne part coupable de ces illusions. On ne peut plus lire un roman de science fiction sans y croiser androïdes, cyborgs et autres symbiontes.
Le premier roman de science-fiction mettant en scène un être hybride mi - cybernétique, mi - organique " Cyborg ", date des années 70, 1972 pour être exact. Son auteur Martin Caidin ,
s’inspira des recherches secrètes de la NASA pour mettre en scène le premier humain " amplifié " de l’histoire de l’imaginaire humain. L’histoire sera adaptée par la suite sur le petit écran et deviendra le ringard et cultissime " Homme qui valait trois milliards ".Plus tard, l’écrivain Philippe K. Dick verra une de ses nombreuses nouvelles " Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ", adaptée à l’écran par Ridley Scott sous le titre Blade Runner qui deviendra le film culte que l’on sait, et qui installera dans notre imaginaire le cyborg (appelé ici Replicant) dans le rôle ambivalent de victime expiatoire d’un Prométhée humain ne lui accordant qu’un quart de vie. Depuis Blade Runner, nos sentiments pour les machines ne seront plus jamais les mêmes.
Dans un genre plus sociologique que science-fictionnesque, James Ballard fêtera lui aussi les noces sanglantes du métal et de la chair dans son roman Crash (adapté par la suite par David Cronenberg), où il atteindra des sommets de fétichisme médical, mêlant Eros & Thanatos comme jamais et célébrant la soif occidentale pour l’autodestruction. Quelques années avant, le même auteur, adapté à l’écran par le même réalisateur, célébrait avec Vidéodrome, l’avènement de " La Nouvelle Chair " et mettait fin à la dichotomie " Corps/Esprit " en inventant la trichotomie " Corps/Esprit/Machine ".
William Gibson, [ inventeur du terme " cyber-espace " et vulgarisateur du concept selon lequel " la technologie ne subie jamais autant de mutations utiles que quand elle descend dans la rue " ( une idée certainement chère à Stelarc...) et l’extraordinaire écrivain/théoricien Bruce Sterling mettront eux aussi en scène, dans les années 80, un futur proche où les connexions informatiques et l’accès aux réseaux (Cyberespace) se feront directement par des implants cervicaux ou des modifications biologiques de notre organisme. L’utilisation de drogues y est considérée comme un outil technologique comme les autres permettant de dépasser l’humain, et jouant le même rôle d'amplificateur de nos fonctions physiques et cérébrales que les autres extensions technologiques traditionnelles.
L’idée forte de ces deux romanciers est en fait la même que celle qui nous anime ici : Dans le futur la technologie va réellement transformer nos vies, nos corps, notre habitat et bien entendu, nos rapports avec les autres, nos sentiments, notre approche de la réalité et notre façon de penser.
La machine est lancée ! Si je puis dire...
Au cinéma l’idée a aussi fait son chemin. Vous connaissez tous, les films qui ont pour thème l’affrontement direct d’intelligence artificielle, d’êtres humains ou de cyborg. On a déjà cité Blade Runner (le classique), mais il y a aussi Saturn 3, moins connu avec Kirk Douglas et Harvey Keitel dans un de ses premiers rôles, Planète Hurlante, encore une adaptation d’une nouvelle de Dick, où les machines s’auto - reproduisent formant une société nécrophage et souhaitant la suprématie sur l’humanité. On peut citer encore Demon Seeds (Génération proteus, en français), un des seuls films qui osent aborder le sujet de la reproduction directe homme/machine.
Et n’oublions pas Robocop qui parle d’une manière plus intime d’un combat intérieur : Celui d’un homme qui lutte contre son absorption par la machine, en tentant de préserver ses souvenirs, son humanité et son affection. Avec Robocop, la lutte de l’homme et de la machine est devenue intérieur.
Virtuel : Aujourd’hui, avec l’arrivée d’Internet et des réseaux informatiques, le scénario se virtualise et il n’est plus seulement question de " devenir machine ", mais de vivre, de travailler ou de passer un moment au cœur de celle-ci. On peut citer Matrix, Passé Virtuel, Strange Days ou autres Johnny Mnemonic...
Cependant, on notera encore qu’au contraire de la littérature, le cinéma " cyber " (on l’appellera comme ça faute de mieux) traite le sujet de manière nettement plus négative. Les rapports entre le corps et la technologie dans un futur proche et post-humaniste y sont abordés majoritairement sous un angle effrayant et réducteur, celui d’un combat où la machine doit être exterminée : l’exemple flagrant reste Terminator . Parfait androïde, c. à. d. dans notre langage perverti d’être humain,
androïde à l’image de l’homme, indifferenciable de celui-ci, Terminator est l’étendard des réfractaires à toutes évolutions technologiques de l’avenir de l’humanité. L’image techno-pessimiste d’un futur où l’être humain se trouve confronté à une espèce nettement mieux adaptée qui lui à toutes les situations.Et c’est là qu’intervient :
LE MYTHE DU CYBORG
Naissance d’un mythe :
J’ai prononcé plusieurs fois le mot cyborg depuis le début de la conférence. Un mot clef dans l’imaginaire de notre génération. Le concept du Cyborg est né dans les années 60 dans l’esprit des chercheurs américains qui voulaient accélérer le processus de colonisation des autres planètes de notre système solaire. Ce concept très sérieux faisait référence à toutes sorte d’expériences comprenant diverses modifications du corps par la technologie, les drogues et l’informatique. Le cyborg , c’est donc l’humain " amplifié " capable tant biologiquement que psychologiquement de franchir les espaces intersidéraux pour former les colonies du futur. Un combattant. Une entité purement masculine, concrétisant au sens de la " concrétion ", le durcissement, toutes les valeurs machistes de la compétition, la loi du plus fort, la virilité à outrance. L’homme machine infatigable, inépuisable et performant. Exprimant " la nostalgie d’une époque où la suprématie masculine allait de soit ", comme le déclare Claudia Springer, critique féministe de la cyberculture.
Pourtant, c’est une femme, Donna Haraway, qui dans les années 80 posera les bases d’une réflexion ontologique sur notre devenir Cyborg, dans son essai " The Cyborg Manifesto ". Dans son œuvre Haraway propose une lecture progressiste et féministe du mythe du cyborg.
Pour elle, le cyborg est l’emblème d’un avenir ouvert aux ambiguïtés et aux différences, par la réunion dans un même corps de l’organique et du mécanique, de la nature et de la culture. Selon Mark Derry, observateur de la cyberculture, " Le cyborg de Haraway est un symbole vivant d’une différence (sexuelle, ethnique et autre) qui refuse d’être dissoute ou refoulée ". Postulat, qui fait de nous tous des cyborgs en puissance. Selon Haraway, la médecine à déjà enfantée des " hybrides d’organisme et de machine " littéralement. Dans le sens où les technologies biologiques et les nouveaux moyens de communication redessinent nos corps. Mais aussi métaphoriquement au sens où " nous passons d’une société industrielle organique à un système d’information polymorphe ", qui envahit tout. Pour la citer : " Aujourd’hui nos machines sont bizarrement vivantes et nous même sommes terriblement inertes. "
Définition : Le terme " cyborg " vient de deux mots jusque là totalement opposés : " cybernétique " et " organique ". Le préfixe " Cyber " fut inventé par Ampère en 1834 et repris par le mathématicien Norbert Wiener dans son texte fondateur de 1948 (Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine), le mot vient du grec kubernêtikê, (de kubernan : Gouverner) qui désigne " la science du gouvernement ". La cybernétique est constituée par l’ensemble des théories groupant les études relatives aux communications et à la régulation sociale des êtres vivants et de la machine. C’est presque l’anthropologie du futur. " Cyber anthropologie " comme diraient les américains.
La cybernétique concerne en fait l'ensemble des activités humaines, sa vocation étant l'étude des comportements humains, animaux, biologiques et mécaniques, afin de mieux les reproduire de manière artificielle. Le mot cybernétique peut s'appliquer à tout organisme, toute mécanique, intégrant un traitement de l'information dans son fonctionnement.
Par extension , est devenu " Cyber " tout ce qui touche à la robotique, à l’informatique, la micro-informatique, les réseaux et l’automatisme.
On peut définir ainsi les attributs du cyborg naissant :
Néologismes : Le terme " cyber ", outre cyborg, donna par la suite naissance à une foule de néologismes dont " Cyberspace " (cyber-espace), inventé par William Gibson (encore lui !) désignant un paysage virtuel, fonctionnant à la manière d'un réseau autoroutier où l’information circule, entre de grosses banques de données, symbolisées par des tours, des pyramides ou des cubes, tels des Data- TGV, à travers le No Man’s Land informatique, puis logiquement " Cybernaute " celui qui navigue dans le cyber-espace, ...etc.
Un autre et non des moindres : " Cyberpunk " qui est apparu pour la première fois comme titre d'une nouvelle de Bruce Bethke écrite en 1980 et qui fut popularisé en 1984 dans le Washington Post par le critique Gardner Dozois à propos des romans de SF violents, faisant appel à la technologie High-Techs. On remarque d’ailleurs que le corps est le sujet central de la cyberculture. L’opposition entre chair pesante, inerte, peu adaptable et peu évolutionniste, et le cyber-espace, lieu virtuel ou toutes les technologies sont possibles et où le corps est désincarné et même l’un des dualisme fondamental du cyberpunk.
Une petite parenthèse : Dans Neuromancien, Case, le principal protagoniste, le corps n’est que " de la viande "...
Dernier néologisme, qui est en train de connaître son heure de gloire, même si ceux qui le pratique le plus ne le nomme pas comme ça : le Cybersexe.
Déjà en 1951, Marshall Mc Luhan analysait " un des aspects les plus curieux de notre monde : la fusion du sexe et de la technologie ". On voit alors resurgir le fantasme du partenaire uniquement conçu pour le plaisir (Triss, la répliquante de Blade Runner), forme moderne et animée de poupée gonflable ou du robot copulateur. Aujourd’hui plus de trente ans après les visions prémonitoires de Mc Luhan le thème de la technologie érotisée, du sexe assisté par des machines, de l’accouplement avec la technologie et des désirs charnels déviants (exprimés par le fétichisme) se retrouvent sous-jacent dans toutes les philosophies liées à l’univers cyber. Dans les questions liées au cybersexe, comme celles du corps et de la technologie en général, il est surtout question du devenir de l’espèce humaine et de celui de la sexualité en particulier : " Il n'est plus question de perpétuer l'espèce humaine par la REPRODUCTION, mais d'élever les relations sexuelles grâce à l'interface être humain-machine. LE CORPS EST OBSOLETE. Nous arrivons à l'aboutissement de la philosophie et de la physiologie humaine. La pensée humaine s'en retourne vers le passé humain ".
Evolution : Aujourd’hui , l’univers cyber correspond aussi bien aux nouvelles technologies informatiques appliquées, aux biotechnologies ou aux nanotechnologies, qu’aux différentes formes d’expression contre-culturelles concernées par ces technologies comme les modifications corporelles. Dans l’univers des body-mod’, les tatouages et le percing traditionnel ont laissés place à d’autres formes de mutations. Les nouveaux mutants se font poser des dents en chrome cobalt, implanter des barrettes de Nylon, ou des billes d’acier sous la peau. Ils couvrent leur corps de motifs mélangeant haute-technologie et symboles tribaux parfois tatoués parfois gravés. Ils se rasent tous l’épiderme, travaillant l'apparence de leur corps comme une œuvre futuriste... Le mouvement a donc largement dépassé les cercles scientifiques ou ceux de l'art " à la Giger " ou de la " mode " fétichiste. C’est devenu un mode de vie à part entière.
De plus, le concept est en train de muter, particulièrement dans les pays technologiquement évolués, en différents sous-mouvements (ou néo-cyberpunks), comme le transhumanisme, le posthumanisme, les extropians...etc.
Les extropians sont en quelques sorte la version " capitaliste ", combative et hiérarchisée des cyberpunks. Ils ne sont pas contre un quelconque système. Ils sont tout simplement impatients d’abandonner le corps dans les décharges du XXI ème siècle. Selon Mark Derry, ils représentent le versant militant du transhumanisme. " Le transhumanisme c’est le mouvement du potentiel humain gonflé aux stéroïdes ".
D’ailleurs, que le concept du cyborg apparaisse aux Etats-Unis, pays précurseur de la recherche informatique et du culte du corps, n’est pas un hasard. Cela démontre bien que la vague technologique et la vague physiologique procèdent du même besoin : l’impatience de muter, le besoin d’évoluer, de changer d’écosystème. Le culte du progrès prend les commandes d’une anatomie portée à sa perfection. Idéologiquement en phase avec son pays d’origine , le concept du cyborg présente le corps comme un emblème du capitalisme absolu. Il repousse sans cesse ses limites et gagne continuellement en force et en énergie.
PANORAMA DE LA RECHERCHE
En parallèle aux expériences artistiques et aux écrits de science-fiction, la recherche traditionnelle avance (parfois même la réalité rattrape la fiction...). Les premières prothèses électroniques voient le jour à la fin des années 70. Aujourd’hui on implante plus de cinq cent mille pacemakers chaque années, deux cents milles diabétiques se sont vus implanté d’une pompe à insuline, presque le double pour les porteurs de hanches ou d’articulations artificielles. Aux Etats-Unis, les opérations de chirurgie esthétique sont devenues totalement banales : on compte plus de 46 000 nez refaits, 103 000 implants mammaires plus de 149 000 liposuccions depuis la découverte de ces méthodes...
Permettez - moi de citer de nouveau Stelarc pour effectuer la transition vers cette nouvelle partie de la conférence. Dans " Le Chant des Hybrides " sur son site Internet, on peut lire : " La technologie transforme la nature de l'existence humaine, égalisant le potentiel physique et normalisant le sexualité humaine. Avec la possibilité de fertiliser un embryon en dehors de l'utérus et la possibilité de nourrir et développer un fœtus dans un système artificiel, on peut d’ors et déjà dire QU’IL N’Y AURA PLUS AUCUNE NAISSANCE ! Et si le design biologique du corps humain pouvait être remodelé afin de faciliter le remplacement des organes endommagés, alors il n’y aurait TECHNIQUEMENT PLUS DE MORT ! La mort n'authentifie pas l'existence. C'est une stratégie évolutionniste démodée. Le corps n’aura bientôt plus besoin d’être réparé, mais devra simplement faire remplacer certaines parties. L’extension de la vie ne signifiera bientôt plus "exister " mais plutôt "être opérationnel" = c. à. d. vivre. Les corps n'ont pas besoin de vieillir ou de se détériorer. Dans l'espace-temps étendu des environnements extraterrestres, LE CORPS DOIT DEVENIR IMMORTEL POUR S'ADAPTER. Les rêves utopiques deviennent des impératifs post-évolutionnaires . IL NE DOIT EXISTER AUCUNE TERREUR FAUSTIENNE, NI AUCUNE CRAINTE FRANKENSTEINESQUE DANS L’ALTERATION DU CORPS HUMAIN". On ne peut être plus clair, et la recherche va dans ce sens, sans aucun doute.
Au niveau des organes bis comme la peau par exemple, les laboratoires Integra Life, travaillent sur la fabrication d’une peau artificielle fabriquée à partir de feuilles de silicone sur un lit de viande de bœuf et cartilage de requin. Son concurrent direct Dermagraft propose un support Nylon.
Le meilleur projet semble pourtant être celui d’Integra Life. Le silicone joue le rôle de l’épiderme (la partie supérieur de la peau), le derme (en dessous) est composé de fibres de collagène de bœuf et de protéines extraites de cartilage de requin, pour souder le tout. Le silicone devra être ensuite enlevé, le temps de fabriquer un vrai épiderme à partir des propres cellules du patient.
Les membres humains, eux aussi font l’objet de nombreuses recherches :
Au centre de rééducation et d’appareillage de Valanton près de Paris, des amputés du bras réapprennent à conduire une voiture, à nouer leurs lacets, à se servir un verre ou à écrire. Comment ? Avec un membre électrique encore assez inesthétique mais parfaitement fonctionnel. A première vue rien ne différencie cette prothèse des versions classiques que nous voyons dans la rue, pourtant, la véritable différence se situe dans la mise en place d’électrodes qui permettent au patient de se concentrer, d’exister ainsi un nerf situé en haut de l’épaule et de mettre le bras en mouvement. On obtient alors un véritable " bras bionique ".
Plus spectaculaire encore. A Montpellier, un paralysé à reçu un implant électronique sous la direction du professeur Rabischong. Cet implant lui permettra de marcher à nouveau. Cet homme , vous l’avez certainement tous vu à la télévision , est actuellement capable de lever les jambes alors qu’il était totalement paralysé. Le principe est assez simple : le patient doit effectuer des pressions sur des boutons poussoirs situés sur ses béquilles. Pour lever une jambe et faire un pas en avant, un boîtier
équipé d’une puce orchestre les ordres électriques envoyés aux membres et donne l’ordre aux nerfs de réagir. Ce boîtier n’est pas plus gros qu’un baladeur CD. Le programme s’appelle : " lève toi et marche ".
CE QUE NOUS RESERVE L’AVENIR
Dans un futur proche, les scientifiques comptent rendre la vue à des aveugles en pratiquant " l’implant rétinien ". Cette implant doit freiner la dégénérescence des cellules (les cônes et les bâtonnets) qui convertissent les signaux lumineux en messages neuraux. Le patient devra alors porter une caméra intégré à une paire de lunettes. La caméra transforme les images qu’elle reçoit en rayon lumineux, en signaux que le cerveau peut interpréter.
Même chose pour l’ouïe. On sait que l’exposition à des niveaux sonores excessifs ou l’utilisation de certaines drogues peuvent détruire les cellules ciliées (de minuscules cils qui enregistrent les vibrations et communiquent l’information aux nerfs qui transmettent au cerveau). Aujourd’hui, des biologistes tentent de régénérer ces cellules endommagées. Ils ont déjà obtenu des résultats notables (régénération des cellules en moins de 10 jours) chez des poussins...
En cas de perte d’odorat, les chercheurs seront bientôt capable de corriger ce dysfonctionnement grâce à un " nez-puce ". Ce système est utilisé à l’heure actuelle pour contrôler la qualité des aliments, mais on pense que l’adaptation prochaine de cette technologie à l’odorat humain est possible...
Le goûts fait aussi l’objet de recherches poussées. Les scientifiques ne sont pas encore à fabriquer une langue artificielle que l’ont pourrait greffer ,mais ils ont déjà conçu une langue électronique, une e-langue qui pourrait être utilisée pour goûter la qualité d’un vin ou vérifier la pureté de l’eau. Une langue beaucoup plus développée que la nôtre, donc !
Au niveau de la bio-ingénierie, les recherches vont encore plus loin :
On sait déjà que cultivées avec , nos cellules savent récréer de nouveaux tissus. On peut penser que demain nos organes de rechange pousseront en laboratoire.
Le " Courrier International " annonçait dans son N° du 28 Octobre 1999 qu’en 2010 nous serions capable de créer entièrement en labo :
Pour finir les chercheurs annoncent pour la même année la possibilité de créer des mains bioniques et des membres artificiels reliés et contrôlés par le cerveau.
Et pour ceux que cela intéresse, sachez que l’on peut d’ors et déjà prévoir pour 2020
Pour 2030 , on pense être capable de pratiquer l’injection de cellules cérébrales de culture, la transplantation de testicules, de pénis artificiels et même la transplantation de tête.
La greffe de puces informatiques dans le cerveau est quand à elle prévue pour 2050 environ, ainsi que celle d’yeux artificiels.
Greffe de tête : Pour revenir sur la transplantation de tête (un des projets les plus impressionnant et peut-être aussi choquant pour certains), sachez qu’elles furent déjà pratiquées par Robert Withe, Neurochirurgien de l’université de Cleveland , sur des corps de singes dans les années 60 et 70 ! Il a aujourd’hui 73 ans et souhaite faire de même pour l’homme...
S’il y a des volontaires dans la salle , qu’ils passent me voir à la fin de la conférence, je leur donnerai son adresse e-mail... :
INTERFACE HOMME/ MACHINE
Aujourd’hui l’homme envisage d’intégrer de plus en plus d’éléments robotiques pour " augmenter " son potentiel. Voici quelques exemples parmi les plus intéressants, de tentatives d’intégration homme/machine ou de projets d’interface homme/machine :
Commençons par la plus connue , celle du professeur Kevin Warwick, de l’université de Reading, qui a procédé le 25 août 1998, à la greffe d’un microprocesseur sur lui-même. Implanté dans le bras, celui-ci lui permet de commander à diverses machines de son environnement. Lorsqu’il arrive le matin à son bureau, une voix synthétique émise par le micro contenu dans son bras lui dit bonjour ou lui signale un nouvel e-mail. Encore plus extraordinaire, dans les 18 prochains mois , le professeur et sa femme tenteront d’échanger des informations par puces interposées ! En théorie, la puce implantée dans le bras du professeur Warwick reconnaîtra les messages nerveux qui transiteront dans son corps sous forme de signaux électriques. Elle communiquera ce message via Internet à une seconde puce implantée, elle dans le bras de sa femme. Pour Warwick et le reste de l’humanité, ce qui arrivera alors est un saut dans l’inconnu... Si le prof se met en colère, sa femme ressentira telle une sensation bizarre dans l’avant-bras ? S’ils réussissent , les époux Warwick pourront être les premiers à revendiquer l’invention de la " télépathie par Internet " !
Un autre cas de cobaye humain volontaire : Johnny Ray. Depuis la crise d’apoplexie qui l’a frappé en 1997, Johnny Ray est complètement paralysé. Il voit, entend mais ne peut plus bouger. Il survit tant bien que mal. Muré en lui même. Pourtant lorsqu’il parvient à surmonter sa fatigue et sa souffrance, il réalise un exploit sans précédent : il contrôle un ordinateur par la seule force de la pensée, grâce à un appareil électronique implanté dans le cerveau.
Johnny Ray participe depuis Mars 1998 à une expérience unique au monde menée par l’équipe du professeur de neurologie Philip Kennedy de l’université de Emoty d’Atlanta et Melody Moore professeur d’informatique à l’université d’état de Géorgie.
Aujourd’hui, et malgré la complexité de l’opération, Johnny Ray est capable de se concentrer, les yeux rivés sur un écran et de déplacer le curseur de son ordinateur d’icônes en icônes. De cliquer sur ceux-ci. Il forme des mots, des phrases, répond à des questions, tient de courtes conversations avec ces interlocuteurs. Il projette même sous peu , de surfer sur Internet et possède déjà sa propre adresse e-mail (johnny.ray@mindspring.com) et souhaite communiquer avec le monde entier.
Un cas qui confirme la possibilité d’échange de flux nerveux entre un ordinateur et un être vivant.
Encore un exemple concernant l’échange d’information entre l’homme et la machine. Un exemple lu sur le site Fluctuat.net : " Il est aujourd’hui possible (en théorie) de transmettre des informations via le corps humain et de les échanger par simple contact. Cette technologie du "modem humain" a été découverte par hasard par une équipe d’IBM, à Almaden, en Californie. IBM cherchait un moyen d’empêcher les courants électriques passant par le corps , d’interférer avec des appareils électroniques comme les téléphones mobiles ou les ordinateurs portables. Cette technologie révolutionne la sécurité des données bancaires, des automobiles et des bâtiments, en rendant les contrôles d’identité pratiquement infaillibles. Ainsi, pour avoir accès à son compte bancaire, il suffira à un utilisateur de toucher le distributeur automatique de billets. Et sa voiture ne démarrera que s’il donne l’information correcte ".
Le PAN (Personal Area Network) pourrait être utilisé pour toutes les opérations impliquant un échange de données. Cette technique s’appuie sur le fait que le corps humain est un excellent conducteur et peut fonctionner comme un câble de cuivre parcouru par un courant électrique de faible intensité en transmettant l’information à raison de plusieurs centaines de milliers de pulsations par seconde. Le danger est nul puisque le courant électrique est d’une intensité cent fois moins importante que celle dégagée par un peigne, lorsqu’une personne se coiffe. Quand une personne portant un émetteur entre en contact avec une autre personne ou avec un dispositif équipé d’un récepteur, le circuit se ferme et un courant passe imperceptiblement à la surface du corps, se transmettant de l’un à l’autre. L’information peut alors être déchargée sur un ordinateur ou stockée de façon permanente sur la carte du récepteur.
Le PAN n’est pas encore au point. Il faut s’assurer que le transmetteur ne fonctionne qu’avec le corps de son propriétaire et qu’il transmet l’information requise pour un usage spécifique. Si, en serrant quelques mains dans un cocktail, vous divulguez le code de votre carte bleue, vous recommencerez à utiliser vos antiques Palm Pilot, mettant ainsi un terme à la formidable fusion des atomes et des bits.
Haut lieu de la recherche concernant l’interface homme/machine , le célèbre MIT (Massashuset Institute Of Technology) et l’université de Rochester de l’Etat de New-York.
Chaque semaine, un groupe de médecins, d’ingénieurs et d’informaticiens des deux centres de recherches se réunissent pour débattre des nouvelles formes de communications entre l’ homme et la machine. Parmi ces projets " le bandage intelligent " : appliqué sur une blessure, il l’analyse instantanément, détecte la présence éventuelle d’agents infectieux, signale la nécessité d’antibiotiques et le cas échéant, quels médicaments utiliser. Autre système à l’étude : Un scanner qui fournit un bilan quotidien sous la douche et signale le développement d’un mélanome avant que le patient ai pu le détecter.
Ces gadgets ne sont pas encore disponibles sur le marché, loin de là, mais ont contribués à développer un partenariat entre les deux grands instituts.
Le MIT, s’est entre autre , fait connaître grâce à la " main robot " ou les ordinateurs portables comme des vêtements.
Wearable : C’est le nom que l’on donne à ces micro-ordinateurs que l’on porte sur soi comme des vêtements, ou du moins comme des accessoires. A l’origine de cette invention, Thad Starner, étudiant au Medialab du MIT : Il s’est mit à travailler avec une machine qui superpose des images virtuelles au monde réel. Grâce à des lunettes il peut donc voir à la fois l’univers imaginaire du virtuel et notre réalité, il peut donc aussi corriger celle-ci. Cela lui permet d’avoir à disposition un serveur d'informations efficace et très puissant, lui permettant de travailler, mais aussi de jouer. Thad Starner est la parfaite illustration des premières symbioses entre l'homme et les circuits intégrés. L’unité centrale de l’ordinateur n’est pas plus grosse qu’un téléphone portable et le clavier se trouve sur son avant bras comme un bracelet.
Autre avancée technologique proche de celle de Staner : la société Microvision a développé un système de vision permettant de projeter des images directement dans le fond de l’œil, et non sur un écran cathodique, depuis une paire de lunette équipée d’un projecteur. Elle créée ainsi le premier écran sans écran. L’image existe seulement dans l’œil, et pourtant elle apparaît à deux pas de l’utilisateur, avec une luminosité élevée. En effet, 60 % de la lumière originelle parvient à l’œil, contre 2 % pour l’écran à cristaux liquides (LCD). Hélas, son coût prohibitif (de 5 000 à 50 000 dollars l’unité) réserve cette technologie expérimentale au secteur militaire et médical.
Dans un récent article intitulé " The Web Within Us: Minds and machines become one ", Ray Kurzweil dresse un inventaire des enrichissements technologiques qui transformeront radicalement le corps humain et ses capacités. Devenus des symbiontes faits de chair, de métal et de silicone, nous aurons fait du Web notre demeure principale.
"By the second half of the next century (le 21°, ndrl), there will be no clear distinction between human and machine intelligence. Two things will allow this to happen. First, our biological brains will be enhanced by neural implants. This has already begun. Doctors use neural implants to counteract symptoms of Parkinson's disease, for instance, and neuroscientists from Emory University School of Medicine in Atlanta recently placed an electrode into the brain of a paralyzed stroke victim who now communicates using a PC. In the 2020s, these neural implants will not be just for people with disabilities, but will be used to improve our perception, memory, and logical thinking, and even create virtual sensory experiences. These implants will plug us directly into the Web. By 2030, "going to a Web site" will mean entering a virtual reality environment. Our implants will generate streams of sensory input that would otherwise come from our real senses, creating an all-encompassing virtual environment that responds to our behavior. This virtual reality will be as realistic, detailed, and subtle as the reality we know today."
Autres dispositifs sexy, nous devrions pouvoir compter vers 2050 sur les nanomachines, ces robots microscopiques qui s’inviteront dans nos veines, dans nos cerveaux, nos tissus musculaires et autres
organes pour nettoyer la plaque d’athérome, booster nos connexions neurales ou enrichir les phénomènes chimiques et physio-électriques qui déterminent le plaisir. Les nanomachines seront notamment capables de plonger un individu dans une réalité virtuelle parfaite, en neutralisant les stimulis du monde réel et en gérant l’intégralité des inputs internes (et pour les cinq sens) selon le scénario retenu. Autrement dit, les nanomachines vous permettront de vivre une expérience de cybersexe à couper le souffle, où la relation avec le sujet sera plus vraie que nature !
CORPS & TECHNOLOGIE, FIN DU DUALISME
La distinction Aristotélicienne entre corps et esprit semble aujourd’hui ridicule. La séparation du corps et de l’esprit, chère au gnostique est depuis longtemps réfutée par les penseurs contemporains. Mais aussi par les classiques comme le médecin et philosophe Julien Offray de La Mettrie, qui écrit dans son ouvrage " L’Homme-Machine " : " Le corps humain n’est qu’une horloge ". Résolument hâté et matérialiste La Mettrie récuse déjà en 1720 le distinction de l’âme et du corps : " Tout est fait de la même pâte ".
Gageons que dans le même ordre d’idées dans quelques années, l’opposition corps humain/ technologie sera appelé à disparaître. La terreur qu’inspire parfois le mythe du cyborg, apparaît bien inconsidérée aux vues des résultats de la recherche. Et quand bien même, toute technologique que soit appelée à être notre évolution, on n’échappe pas à son propre corps.
Il est de plus assez ridicule aujourd’hui d’imaginer un futur qui séparerait entièrement l’espèce. Ou du moins l’être post-humain " amplifié " de ses contemporains. Cette vieille antinomie " corps contre âme ", fait place à l’heure actuelle à une triple antinomie : Corps/âme/machine ". Mais il se passera des siècles avant que les différences apparaissent réellement, une période qui laissera largement le temps au nivellement de ces mêmes différences.
Stelarc a d’ailleurs bien développé cet aspect philosophique. Pour lui , la structure biologique du corps est ce qui détermine son intelligence et ses sensations. Les recherches sur la réalité virtuelle le démontre bien. Nous nous basons sur les connaissances empirique de notre corps, le toucher, l’odorat, le goût, l’ouï, la vue, pour définir les sensations , pour apprécier l’environnement dans lequel nous vivons. Nous définissons ainsi les futurs environnements virtuels en devenir.
Ce qui laisse à penser qu’en définitive, l’être post-humain aura tellement évolué qu’il semblera aussi loin de notre univers que peut l’être un morceau de granit pour un être vivant. Nous ne pourrons alors plus parler d’humanité, et quelle importance ? Après tout il ne s’agit, une fois encore que d’un mot auquel reste attaché certains tenants des vieilles utopies humanistes traditionnelles, avec toutes les erreurs et les folies que cela comporte. C. à. d. l’idée d’un univers centré autour de la figure dominante de l’humanité, laissant de coté le règne animal, les cycles biologiques, l’univers microscopique, pour se justifier de piller la planète au nom de la survie de l’espèce humaine.
Pour revenir à l’idée selon laquelle " on n’échappe pas à son propre corps " et à titre d’exemple : dans un récent roman de Bruce Sterling " Feu Sacré ", il est question d’une femme que sa passion pour la vie pousse dans ses retranchements, et qui décide de muter pour vivre réellement, à une époque où les organismes vivants sont intimement liés à la technologie. A l’image des travaux post-humain de Stelarc, ce personnage a compris que l’évolution des technologies n’attend pas l’homme, que le train est en marche depuis trop de temps pour faire marche arrière et que nous devons nous adapter si nous voulons continuer à exister. Pas survivre, tout simplement vivre !
CLIVAGE ORGANISTE/ MECANISTES
A une époque où comme le disait Mc Luhan, " le flux informationnel produit une expérience sociale trop violente pour que le système nerveux humain tel qu’il est actuellement, ne le supporte, il est important de pacifier les rapports qu’entretiennent l’être humain et la machine.
Les expériences entreprises par Warwick , par exemple , sont considérées par lui comme un pas de plus vers le renforcement des capacités humaines en prévision de la compétition qui aura inévitablement lieu entre les hommes et les machines.
Car quelle que soit la façon dont on y arrive, l’homme et l’ordinateur se retrouveront fatalement en compétition au siècle prochain. Même si cette rivalité sera affectueuse, elle donnera lieu à une course-poursuite entre les représentants des deux espèces, chacune luttant pour subsister et se développer. Dès lors, chaque espèce empruntant à l’autre les attributs qui font sa force, robots et machines finiront par fusionner, surtout si les robots se dotent de formes attractives, propres à favoriser les croisements. Nous sommes tous appelés à devenir des androïdes, d’une façon ou d’une autre.
Pourtant humain ou post-humain, c’est d’une certaine vision de notre corps qu’il s’agit. D’un coté les détracteurs de cet évolution parlent en temps qu’êtres humains vivant dans un contexte social daté, avec un environnement daté, une philosophie de la vie, de la religion, de la santé datée. En l’occurrence, dimanche 7 Mai 2000. Notre organisme, l’enveloppe charnelle qui nous compose actuellement est une structure elle même évolutive. La seule différence entre les adeptes d’un évolutionnisme mécanique et les autres résident dans l’accélération de cette évolution.
Dans son roman, " La Schismatrice ", Bruce Sterling livre sa vision d’une humanité morcelée en une multitude de clan et de tribus, s’appuyant sur la théorie du chaos d’Ylia Prigogine. Il va même jusqu’au " Cinquième niveau prigoginien de complexité ". Théorie selon laquelle " l’ordre émerge spontanément quand des systèmes dynamiques (ici, l’évolution de l’espèce) s’éloignent suffisamment de l’équilibre pour produire ce que les savants appellent des singularités ". C. à. d., dans le cas qui nous préoccupe des classes à part , entièrement constituées et aboutissant à de nouvelles espèces, ce détachant complètement de la nôtre. Une particularité. Le cinquième niveau en question est " aussi loin de la vie, telle qu’on la connaît, que la vie l’est de la matière inanimée ". Plus clairement, c’est l’état où l’humain touche à la divinité, ou du moins un état qui lui ressemble tellement que les gens comme vous et moi ne voient pas la différence .
Hugo de Garis, chercheur en intelligence artificielle, livrait dans une récente interview au journal " Le Monde " sa perception des clivages sociaux à venir, lorsque chaque être humain devra décider de se ranger dans le camps des Terrans (ceux qui refuseront le développement des machines et l’évolution de l’homme en ? symbionte ?, les " organistes " chez Bruce Sterling, et qui choisiront plutôt les biotechnologies comme proposition d’évolution humaine ou post-humaine) ou dans celui des ?Cosmistes ? (ceux qui, ayant fait le choix de la modernité, choisissent de cohabiter avec les robots en devenant eux-mêmes des cyborgs, les " mécanistes " de Sterling).
"Nous voyons se dessiner ce que j’appelle des " artilects " - artificial intellects – des machines massivement intelligentes, et qui le deviendront beaucoup plus que nous. On va entrer dans la nanotechnologie, qui opère à l’échelle du nanomètre (un millionième de millimètre). On pourra mettre un bit –une unité d’information – par atome. (…) Et avec ces nouvelles technologies du XXI° siècle, les bits pourront changer d’état – zéro devient un, un devient zéro – à la vitesse de 10 puissance 15 par seconde. (…) C’est beaucoup plus que la capacité estimée de computation d’un cerveau humain biologique, qui est de l’ordre de 10 puissance 16 changements d’états par seconde. Les choses sont écrites sur le mur, comme on dit. Ce n’est plus qu’une question de temps. (…)"
Mais la question dominante de politique planétaire, au XXI° siècle, sera celle-ci : l’humanité doit-elle ou non , construire des artilects ? J’imagine que la réponse opposera deux visions idéologiques, passionnées, violentes : ceux pour qui construire les " artilects " représente le destin de l’espèce humaine, qui auront une vision cosmique ; et un autre groupe – je les appelle ‘Terrans’ – qui craindront que les artilects ne décident un jour que l’espèce humaine est nuisible et qu’il faut nous détruire. Avec leur intelligence supérieure, ça leur serait très facile. (…) Les artilects se développeront , car l’industrie informatique et les militaires – notamment américains, effrayés par la montée en puissance de la Chine – y trouveront un intérêt.
Le couplage du corps humain et de la technologie nécessitera certainement l’acceptation d’une certaine douleur. Un peu à la manière des personnages des films du réalisateur japonais Shynia Tsukamoto , mais en éprouverons nous forcément la jubilation post-humaine ? J’en doute. Dans son film Tetsuo, Tsukamoto place le spectateur dans la situation d’un personnage masculin aliéné, dont la virilité traditionnelle (celle d’un " homme d’acier ", sous titre du film) est bafouée. Il est donc logique que le personnage principal éprouve une jouissance profonde à la cyborgisation progressive de son corps. Dans Tetsuo, la stratégie est de restaurer, grâce à la machine, le pouvoir masculin et le contrôle viril de l’être humain.
En vérité, plus que l’abandon du corps, c’est avec une certaine idée du corps tel que nous nous le représentons que nous devrons faire notre deuil.
PARENTHESE STELARC
On ne peut aborder le mythe du cyborg et les tentatives de fusion Homme/Machine qui l’entoure sans faire une large parenthèse sur le travail de Stelios Arcadiou, alias " Stelarc " ici présent, un travail qui tourne depuis toujours autour du corps, des conséquences et de l’impact de la technologie sur celui-ci. On est donc en plein dans cette conférence. Stelarc souhaite améliorer le corps humain. Se débarrasser des organes qui l’encombre, en installer de nouveaux. Totalement artificiel. Il applique " à la lettre " le principe du cyborg. Il réinvente tout simplement notre corps.
Petite histoire : De 1968 à 1970 , Stelarc a multiplié les performances artistiques extrêmes, tendant à prouver la résistance humaine à la douleur. Ces premières performances s’inspiraient pourtant plus des rites chamaniques ancestraux que de " l’évenement-cyber " d’un nouvel âge. A l’instar du père des Modern Primitifs , Fakir Musafar, Stelarc pratiqua lui aussi sa version de la Sun Dance des Indiens du Dakota et réalisa de nombreuses performances qui mettaient son corps à l’épreuve. Il se rendit particulièrement célèbre en accomplissant ses suspensions, nu, au milieu de différents paysages et dans différentes villes (il fut même arrêté à New York). Mais ce qui caractérisera le mieux Stelarc seront ses expériences cybernétiques : corps suréquipé de technologie câblée, exosquelette en acier, Stelarc se présente aujourd’hui comme la phase terminale de l’évolution humaine.
Pour Stelarc, les suspensions ne sont pas de simples exercices de style. Elles délivrent un message. Elles anticipent le futur de l’humanité en lui renvoyant l’image primale du corps dans l’espace. Le corps dans le vide. L’art de Stelarc tourne autour d’une obsession : " il faut se préparer à vivre avec les machines dans un environnement inhumain ". Cela peu sembler effrayant, pour Stelarc, c’est vital. Il poursuit d’ailleurs sa carrière artistique dans l’exploration du " corps amélioré ". Bardé de capteurs sensoriels et d’électrodes, équipé d’un incroyable squelette métallique (exosquelettes), exposant son corps si fragile à l’incroyable voracité mécanique de la machine, il se présente comme le prophète du post humanisme. "l’évolution s’achève quand la machine envahie le corps", a-t-il coutume de déclarer. Pour lui, la science traditionnelle, avec sa cohorte de progrès en matière d’implantation d’organes artificiels, de greffes, de biotechnologie, de cosmétique n’est pas représentative de ce que l’homme peut accomplir en matière d’évolution.
Un autre de ses " cheval de bataille " est l’inadaptation du corps aux nouvelles conditions de vie sur notre planète et pourquoi pas sur d’autres. " Le corps est obsolète ", telle est sa devise. Pour lui, " le temps est venu de se demander si un corps bipède, sachant respirer, doté de vision binoculaire ainsi que d'un cerveau de 1400cc est bien une forme biologiquement adéquate. Cette forme n'est pas de taille pour faire face à la quantité, la complexité et la qualité de l' information qu'elle a accumulée; elle est intimidée par la précision, la vitesse et le pouvoir de la technologie et, biologiquement elle est mal pourvue pour confronter le nouvel environnement extra-terrestre... "
Le progrès scientifique va trop vite, nous avons de plus en plus de difficultés pour mémoriser les informations et le savoir qui nous est nécessaire car leurs quantités augmentent chaques jours. Une journée sur Internet en est un bon exemple : il s’y trouve une somme phénoménale d’informations mais nous ne pouvons pas accéder à toutes, car notre condition d’être humain nous impose ses limites. Pour Stelarc, le corps tel qu’on le conçoit aujourd’hui doit devenir un objet d’ingénierie soumis à un vaste projet de reconstruction pour enfin accomplir les tâches qui lui seront utiles dans le futur. Pour Stelarc, c’est certain, nous vivons les derniers jours de l’humanité, telle que nous la connaissons. Un monde dans lequel la frontière entre humain et machine devient toujours plus floue.
Le travail de Stelarc tend à examiner les rapports entre le corps et la technologie à une époque où les possibilités pour l’individu dans le futur de remanier son corps , semblent de plus en plus réalistes, même si cela restera certainement l’apanage des hautes sphères de la société. Quoiqu’il en soit , ses performances proposent matière à réflexion quant à notre approche de la technologie, souvent paranoïaque et négative.
[ FIN DE PARENTHESE]
ÊTES-VOUS DES CYBORGS ?
Pour ceux qui sont encore réfractaires à toute intrusion technologique dans notre vie et surtout dans nos corps, et qui souhaiteraient savoir ce qu’il en est de leur situation en temps qu’humain, faites ce test simple, proposé par Garth Brawin dans Mondo 2000 : L’ AUTO-TEST DES CYBORG.
Si vous répondez " oui " à la plupart de ces questions, veuillez agréer mes félicitations (et/ou condoléances): vous êtes déjà un cyborg!
EN GUISE DE CONCLUSION OUVERTE
Première constatation, nos contemporains sont décidément partagés entre deux états d’esprit contradictoires dès que l’on aborde le problème de l’évolution de l’humanité dans un futur sur-technologique. Pour Stelarc, l’idée selon laquelle nous pourrions tourner le dos au progrès est totalement fantaisiste, il ne semble , en effet , pas réaliste de voir les grands groupes industriels et financiers arrêter la recherche et cesser d’en récolter les fruits pour revenir à un hypothétique " bon vieux temps ". On peut donc raisonnablement penser sans être très prospectif , que la technique continuera à se développer dans un monde de plus en plus technologique et l’idée selon laquelle " nous devrions commencer à y penser si l’on ne veux pas être pris de court ", ne semble pas déraisonnable.
De plus, à une époque où le culte du corps et de la perfection touche presque au fascisme, l’être humain, et en particulier l’homo urbanicus, subit une pression quasi insoutenable, (parfois même inconsciente, car délivrée de manière particulièrement insidieuse par les médias), il est important pour l’humanité de sortir des voies toutes tracées de l’évolutionnisme tel que nos parents veulent bien l’envisager.
Ces pressions expliquent d’ailleurs certainement les nombreux désordres psychologiques actuels liés au corps (boulimie, anorexie, anémie, insomnie...), et même les réactions extrêmes de certains, stigmatisés par l’émergence des cybercultures (abandon du corps, déchargement ou chargement de l’esprit humain dans la machine...).
Le cyborg, mi-homme, mi-machine, véritable dieu vivant, symbole d’invincibilité et de puissance semble bien être en passe de devenir l’icône de l’avenir, pour le meilleur et pour le pire...
Ce qui est par contre paradoxal et peut - être un peu inquiétant c’est qu’au rythme où vont les choses, le combat que mènent actuellement des gens comme Ann & Lucas Zpira pourrait être repris un jour par les tenants de la science et de la médecine officielle au profit d’une élite conservatrice et fortunée. Paradoxalement, ceux qui aujourd’hui s’érigent en opposant de toutes modifications corporelles. Ceux qui aujourd’hui font figure de pionniers pourraient préparer la gérontocratie de demain ! Après tout, n’oublions pas qu’à l’heure actuelle, les premiers cyborgs sont en majorité des personnes âgées ou du moins ayant dépassé la trentaine.
Une chose en tout cas est sûre, c’est que la technologie sera le prochain stade de l'évolution humaine, et comme le dit Stelarc : " l’évolution s’achève quand la machine envahie le corps ", par évolution il faut entendre " biologique ", ou du moins telle que nous la connaissons maintenant. L’évolution tout court, elle, ne fait que commencer...
Et pour les rêveurs qui , comme moi , souhaiteraient un futur plus technologique, je finirai par cette superbe phrase de William S. Burroughs (ardent défenseur de la mutation du genre humain et du programme de colonisation spatiale) :
"Je rêve d’un monde sec, froid, machinique
mais intrinsèquement détraqué